Alerte sur la baisse des taux de matières organiques dans les sols français

 

La matière organique est un élément clef de la gestion patrimoniale des sols. A l’heure où l’Union Européenne inscrit leur protection comme dossier prioritaire, une étude dirigée par l’INRA et publiée dans « étude et gestion des sols, volume 8 », dresse un panorama alarmant sur la baisse des taux de matière organique.

Une problématique qui positionne l’ensemble des gisements de matière organique brute ou compostée comme une ressource rare et précieuse dans le cadre d’un développement durable des agro-systèmes.

 

La matière organique

La matière organique joue un triple rôle dans le sol : physique pour sa structure et sa capacité de rétention en eau ; chimique pour la nutrition minérale des cultures ; et biologique pour l’activité microbienne et l’ensemble de son fonctionnement.
La baisse des teneurs en matière organique était déjà annoncée comme catastrophique dans les années 70 – 80. Ce fait n’ayant pas eu de répercussion à court terme sur les rendements, ses conséquences sont surtout appréhendées par les phénomènes d’érosion diffuse ou les coulées boueuses.
Ainsi, on observe des phénomènes de dégradation physique des sols limoneux à partir de teneurs en matière organique inférieures à 2 ou 3 %.
Ces taux se révèlent souvent atteints ou dépassés dans le sols cultivés.

 

7 millions d’hectares

S’appuyant sur plus de trois millions d’analyses de terre réalisées entre 1990 et 1994 pour plus de la moitié de la surface du territoire nationale, Christian Walter (UMR Sol, Agronomie et Spatialisation, ENSA-INRA de Rennes), Olivier Roussel et Elise Bourmeau (ORVAL) ont estimé le déficit en matière organique des sols français en fonction d’un taux souhaitable par catégorie de sol.
Résultat : sur près de 19,5 millions d’hectares au niveau national, 6 à 7,7 millions d’hectares de terres arables sont déficitaires en matière organique.
Le taux moyen des parcelles déficitaires se situe alors à hauteur de 1,61 %.

 

Hypothèses de redressement

Moyennant un maintien à l’identique des conditions climatiques, des pratiques culturales dont un labour à une profondeur moyenne de 25 centimètres, une estimation des quantités annuelles des apports de matière organique utiles au redressement de 10 % des taux des sols jugés déficitaires en 10 ans est réalisée.
Suivant le modèle utilisé, les quantités à apporter pour atteindre ce niveau de redressement vont de 30 à 44 millions de tonnes de matière organique humifiée par an (i.e. matière organique stable).

 

Rareté de la ressource

Pour atteindre des objectifs qui pourraient paraître peu ambitieux – 10 % de redressement en 10 ans – toute la production annuelle du cheptel bovin pailleux serait nécessaire. Or, cette ressource, comme les résidus de récolte, les composts de boues ou de déchets végétaux, contribuent déjà au maintien des taux actuels.
Face à ce constat, il apparaît pertinent d’encourager à la fois le développement de la filière compostage des déchets organiques dans une logique de qualité et le recours à des pratiques durables d’exploitation du sol.

 

Géographie des déficits

Les terres concernées se situent principalement dans le Bassin Parisien, le Centre, le Nord, la Haute Normandie, l’Aquitaine, Midi-Pyrénées, le Haut-Rhin et le Bas- Rhin.

 

Les résultats concernant le pourtour méditerranéen et la vallée du Rhône restent soumis à confirmation. Ils apparaissent cependant relativement déficitaires.

 

 

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